Un « novax » est-il forcément un antivax ?

Après réflexion, il me semble nécessaire de revenir sur la distinction entre non-vaccinés et antivax que j’établis dans mon post précédent consacré à la petite phrase de Macron.

Je précise, en préambule, que j’ai eu mes trois doses et que, juste avant la dernière, j’ai contracté le variant Omicrom (heureusement, sans gravité). Je précise aussi que je n’ai dans mon entourage aucun antivax – ma tolérance a ses limites. En revanche, un de mes amis n’a toujours pas jugé bon de se faire vacciner. Un peu par paresse, un peu par esprit rebelle et anarchiste. Cela ne signifie pas qu’il se fiche du Covid. Bien au contraire : il respecte scrupuleusement les gestes barrière, il respecte l’interdiction d’aller dans un café, il respecte mon point de vue.

Tout ça pour dire qu’à mes yeux, « novax » et antivax ce n’est pas blanc bonnet et bonnet blanc. Alors certes, on me rétorquera qu’en matière de santé publique, le résultat est exactement le même. Et on aura raison, puisque l’un comme l’autre est susceptible d’encombrer inutilement les services d’urgence et pire, que l’un comme l’autre est susceptible de transmettre le Covid, y compris à des personnes vaccinées.

Pour autant, je ne crois pas qu’ils aient le même degré de dangerosité pour notre société ni, osons le mot, pour notre démocratie.

Je m’explique. On peut être « novax » pour différentes raisons. Par peur (« Je ne sais pas ce qu’il y a dedans »). Par précaution (« Il existe des effets secondaires »). Par bêtise (« Moi, je ne risque rien »). Par méconnaissance (« Comment les labos ont-ils fait pour fabriquer si vite ces nouveaux vaccins ? »). Par nationalisme idiot (« J’attends qu’il y ait un vaccin français »). Par attentisme (« Ce virus finira bien par disparaître un jour »).

Autant d’arguments qui peuvent sembler stupides à beaucoup, mais qui sont le plus souvent sincères. Autant de questions plus ou moins pertinentes, mais qui méritent des explications claires, pédagogiques, argumentées. En tout cas pas une réponse du genre « Nous, on sait, vous n’avez qu’à nous croire sur parole ». Et encore moins une réaction de mépris.

On l’a bien vu dans tous les reportages télé ou presse écrite sur le sujet : il suffit, parfois, d’une écoute bienveillante et sans arrogance pour que, à leur tour, les « novax » entendent ce qu’on leur dit. Et, pour ce faire, personne n’est plus efficace qu’un interlocuteur qui leur ressemble. C’est d’ailleurs ce qui explique le succès des associations de quartier, des « grands frères » et de ces mères de famille qui, dans les banlieues de Marseille par exemple, font du porte à porte pour convaincre les réticents un par peu.

Pour peu qu’on sache s’y prendre, un « novax » peut donc changer d’avis. Il est, en quelque sorte, récupérable.

C’est la raison pour laquelle il est légitime de lui « pourrir la vie » au quotidien. Pour que, bon gré mal gré, il finisse par se faire vacciner. Tant mieux s’il est finalement convaincu que c’est bon pour lui, tant pis s’il s’y résout en râlant. L’essentiel c’est qu’il le fasse.

L’antivax, lui, est irrécupérable. Car l’antivax « sait ». Il sait que le Covid n’est rien d’autre qu’une grippette – voire une invention des méchants labos. Il sait que la chloroquine est efficace, mais que les médecins n’en veulent pas car elle est trop peu chère. Il sait que les vaccins vont lui implanter dans le cerveau des nanopuces afin d’imposer la 5G dans le monde.

Fort de telles certitudes, l’antivax ose tout. Menacer des soignants de représailles. Attaquer physiquement des directeurs d’hôpital comme en Guadeloupe. Incendier la permanence d’un député LREM. Détruire des lots de vaccin. Porter une étoile jaune. Interdire à son enfant de se faire vacciner. Rien ne saurait l’arrêter puisque, il le sait, la France est devenue une dictature. Tous les moyens sont bons pour s’y opposer. Y compris en faisant du prosélytisme, en propageant des fake news ou en achetant de fausses passe-sanitaires sur Internet.

Voilà pourquoi il ne sert à rien d’ « emmerder » un antivax. Cela ne ferait que renforcer sa détermination, puisqu’il réfute le réel. La seule solution, c’est de le combattre. De toutes nos forces. Dans les médias aujourd’hui. Et demain dans les urnes.