La France, pays « anti vieux » ?

Les plus de 65 ans sont-ils à plaindre aujourd’hui ? Ou sont-ils à l’inverse les privilégiés de notre société ? Sont-ils victimes de discriminations ou protégés par leur statut ? Bref, la France aime-t-elle ses vieux ? 

Ces questions se sont posées avec une acuité particulière pendant l’épidémie de Covid. Elles se sont reposées au moment du débat sur les retraites. Et réapparaissent à nouveau dans un contexte de crise économique aigüe, de déficit budgétaire abyssal et de tensions intergénérationnelles, potentiellement sources de conflits à venir – certains parlent même d’une « guerre » sociale et sociétale inévitable.

D’où l’intérêt de l’enquête d’opinion commandée par le Conseil de l’âge à Toluna et Harris Interactive (1) sur la perception des Français à propos l’« âgisme ». Ce concept récent répertorie toutes les discriminations qui concernent aussi bien les plus jeunes que les plus âgés et qui se traduisent par des représentations négatives et peuvent conduire à des attitudes de rejet. Rendue public cette semaine, cette étude est riche d’enseignements.

A quel âge est-on « un vieux » ?

Dès 55 ans pour un Français sur trois (et même une personne sur deux de moins de 35 ans)

A partir de 65 ans pour les deux-tiers des Français

A partir de 75 ans pour neuf Français sur dix

A noter, mais ce n’est pas une surprise, que plus on approche de l’âge cité et moins on le considère comme un âge où on est vieux ! A 75 ans par exemple, le « vieux » c’est celui en en a 80.

Les mots pour le dire

Quels termes les Français utilisent-ils spontanément pour qualifier les plus de 65 ans ? « retraités » (57%) et « seniors »  (51%) arrivent largement en tête, suivi des plus affectifs « papis et mamies » (38%). Je passe rapidement sur le reste de la liste (personnes âgées, ainés, anciens, sexagénaires …) pour m’arrêter sur le mot « vieux ». qui ne recueille que 20% de réponses dans la population générale mais ….50% chez les moins de 24 ans. Les jeunes sont sans pitié.

Plus intéressant encore est le « nuage de mots » qui ressort lorsqu’on demande aux Français ce que leur évoque la vieillesse (cf photo en haut de ce post) : dépendance, maladie, mort, solitude, perte, ride … « vie » et « autonomie » exceptés, rien de bien réjouissant.

Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Le vieillissement de la population n’est pas nécessairement mal perçu. Il constitue même une « opportunité » (54%) plutôt qu’un « désavantage » (28%) pour la société de manière générale. Mais c’est un peu moins évident pour le dynamisme économique de la France (47% versus 36%).  Et ça ne l’est plus du tout pour le système de protection sociale (38% contre 44%). 

Disons les choses autrement : les Français accueillent plutôt favorablement le phénomène inéluctable de vieillissement de la population, mais ils sont conscients que tout cela va coûter cher – et de plus en plus cher.

Quelle image des plus de 65 ans dans la population ?

Les réponses sont contrastées, parfois même contradictoires.

Certes, ils peuvent apporter beaucoup de choses aux autres (90%), ils sont aussi agréables à fréquenter que les jeunes (85%) et plus actifs à cet âge-là qu’il y a trente ans (75%). Pour autant, un bon tiers des moins de 50 ans trouvent que les « seniors » sont « plus lents et qu’ils font perdre du temps aux autres ».  

Les choses se détériorent nettement quand on interroge les Français sur les liens intergénérationnels.  Une majorité estime en effet que ce sont des privilégiés par rapport aux générations qui leur ont succédé (57%, et même 64% chez les 35-49 ans, c’est-à-dire leurs popres enfants !). Et, surtout, 45% des moins de 35 ans leur reprochent de ne pas être solidaires avec les générations suivantes.

Une société « anti vieux » ?

Je ne sais pas si c’est un tropisme typiquement français, mais quand on les interroge sur une question comportementale (incivilités, conduite au volant, consommation d’alcool etc.) les sondés affirment en règle générale « moi ça va, mais les autres … » 

Il en va de même pour l’âgisme. Notre société est-elle âgiste ? Les Français répondent Oui à 65%. Et vous-même, de façon individuelle ? Non à 75% ! Bref, le coupable c’est toujours l’autre.

Dans les faits, la réalité est cruelle. Au cours des douze derniers mois, une personne sur quatre a été témoin de plaisanteries, de paroles ou de comportement humiliant à l’égard des plus de 65 ans – le plus souvent en public, dans la rue, un magasin ou un transport en commun. Une personne sur cinq a constaté une situation d’abus de pouvoir (emprise financière, morale …) ou de mise à l’écart (refus d’invitation etc.).

Au final, 12% des plus de 50 ans déclarent avoir déjà été victimes d’une forme d’âgisme.

Conclusion : les plus de 65 ans sont peut-être des privilégiés et des égoïstes. Mais ils en payent le prix. Il n’est pas impossible que et l’un et l’autre s’amplifient au fil des ans.

(1) : sondage téléphonique en juin 2024 sur un échantillon représentatif de 2057 personnes