Covid 19 : les médecins, « cocus » de la vaccination ?

NB : post rédigé il y a dix jours, non publié pour cause d’incendie du serveur OVH. Mais toujours d’actualité puisque, depuis, le gouvernement a trouvé une solution qui va mécontenter tout le monde : désormais, ce sera une semaine pour les pharmaciens et une semaine pour les médecins !

Alors là, moi je dis « Chapeau » ! Se mettre à dos la quasi-totalité des médecins et transformer une bonne nouvelle en polémique nationale par un simple communiqué de presse de la DGS (Direction générale de la santé), il n’y a que ce gouvernement pour réussir un tel exploit …

 Avant-hier, les pouvoirs publics ont donc annoncé que les pharmaciens pourraient administrer le vaccin d’Astra Zeneca contre le Covid 19 et ce, dès la semaine prochaine. Près de 300 000 personnes supplémentaires protégées de ce virus : voilà à priori une décision qui devrait réjouir les professionnels de santé, puisque ces derniers déplorent depuis des semaines – et à juste titre – le retard pris par la France en matière de vaccination par rapport à ses voisins européens.

Mais comme on est en France, justement, les choses ne se passent pas ainsi. De fait, dans une unanimité aussi rare que suspecte, la totalité des syndicats de médecins ont dénoncé « le scandale de trop » (FMF), le « summum de la sottise technocratique » (FML), une « décision invraisemblable » (MG France), emplie de « désinvolture » (CSMF) et de « mépris » (UFML). N’en jetez plus ! Même une instance officielle comme le collège de médecine générale y va de son communiqué vengeur contre « une erreur logistique et éthique majeure ».

Pourquoi un tel mouvement de colère ? Pour bien comprendre, il faut savoir que la quantité de vaccins Astra Zeneca disponible cette semaine (et à administrer la semaine prochaine) sera particulièrement faible : 280 000 doses, soit la moitié à peine de ce qui a été fourni entre le 22 et le 28 février. Dès la mi-mars en revanche, les livraisons retrouveront leur rythme normal.

Mais d’ici là, concrètement, cela veut dire qu’il n’y en aura pas pour tout le monde et qu’il faut donc faire des choix. Le gouvernement a fait celui de les réserver exclusivement aux pharmacies, pour une vaccination effective à partir de lundi prochain – en principe. Les médecins, eux, devront attendre pour passer de nouvelles commandes.

Et c’est bien ça qui les rend fous de rage : « on déshabille Pierre pour habiller Paul », expliquent-ils, ajoutant qu’ils vont devoir annuler de nombreux rendez-vous. Eux qui se sont investis pour convaincre les patients, eux qui ont passé du temps à les prioriser en fonction des recommandations officielles, eux qui ont consacré leur week-end à vacciner, les voilà littéralement squeezés par le gouvernement, « traités comme des sous-fifres de la santé en quelque sorte. On est les cocus de l’histoire » accuse un généraliste, sincèrement peiné d’une telle déconsidération.

Sans doute tout cela est-il vrai – au moins pour une bonne partie d’entre eux. Mais il est tout aussi vrai, même si c’est moins glorieux à reconnaître, que les syndicats médicaux se sentent dépossédés de leurs prérogatives de « vrais » professionnels, comme si les pharmaciens leur volaient ce qu’ils estiment être leur compétence. Déjà, lors de l’hiver dernier, ils s’étaient élevés contre le fait que les pharmaciens puissent vacciner contre la grippe. Et là, pour le Covid 19, c’est pire encore : l’autorisation s’étend aux infirmiers et aux sages-femmes. A vous dégoûter d’avoir fait douze ans d’études….

Ce qui est vrai, aussi, et pas tellement plus glorieux, c’est que derrière ces cris d’orfraie se cachent des préoccupations plus mercantiles. Car, quel que soit leur statut,  les professionnels de santé sont payés en plus à chaque fois qu’ils vaccinent – avec, au passage, une rémunération supplémentaire quand on est médecin plutôt que pharmacien ou infirmier. Au-delà de la demande légitime de reconnaissance, il s’agit donc également d’une histoire de gros sous.

La preuve, avec ce commentaire sur le site du Quotidien du Médecin signé « AD24 » : « Les pharmaciens sont parmi ceux qui ont le plus profité de la crise du Covid. Ils ont beaucoup gagné avec la vente des masques et des gels hydro alcooliques (… et aujourd’hui) ils sont prêts à piétiner les médecins pour avoir la possibilité, voire l’exclusivité de la vaccination en ville ». Ah ! ces salauds de pharmaciens qui nous piquent notre boulot et qui en plus se font du pognon…

Cette polémique est d’autant plus malvenue que, chacun en conviendra, il est plus facile de se rendre dans une pharmacie de quartier que d’obtenir un rendez-vous chez son généraliste. D’autant plus malvenue, surtout, que les médecins ont commandé à ce jour 1,6 millions de doses et qu’elles seront « intégralement honorées » s’est engagée la DGS (Direction générale de la Santé) dans un communiqué publié hier. La moitié a déjà été livrée, dont 400 000 injectées à ce jour, et le reste le sera entre le 11 et le 12 mars.

Disons les choses autrement : dans les cabinets de ville, à peine une dose sur deux a été effectivement administrée. Il y a donc encore pas mal de « réserves en stock », pour reprendre les termes de Gilles Bonnefond, président d’un syndicat de pharmaciens, et les prochains jours ne seront pas de trop pour écouler ce stock. Bref, ceux qui râlent le plus, ce sont ceux qui n’avaient pas pris la précaution de réserver des doses. Pendant ce temps-là, les autres, eux, vaccinent…