chloroquine : chronique d’un désastre annoncé

Oui, le Pr Raoult a raison ! J’ai regardé la vidéo qu’il a postée aujourd’hui sur le site de l’IHU de Marseille. Une vidéo dans laquelle il défend son traitement, pourtant présenté comme inefficace voire dangereux dans toutes les dernières études internationales publiées, et où il se pose à nouveau en victime du « système ». Une vidéo dans laquelle il affirme qu’ « il faudra tirer les leçons » de la chloroquine – et c’est là notre point d’accord, le seul.

Comme lui, je pense que le moment est venu de regarder en arrière et de se demander comment on en est arrivé là. Comment, surtout, la France en est arrivée là – car Trump ou Bolsanero mis à part, notre pays est le seul à en avoir fait à ce point un objet de débat national, une controverse alimentée jour après jour, y compris par des responsables politiques et d’anciens ministres de la Santé.

Voilà pourquoi cette semaine, j’aimerais comme dit Raoult « tirer les leçons » de la polémique qu’il a lui-même entretenue sur la chloroquine. Et le faire sous la forme d’un feuilleton en 5 épisodes consacrés à 5 thématiques différentes liées à cette polémique. Le premier s’intéressera aux conséquences sur la recherche clinique dans le monde. Le 2ème concernera le Pr Raoult lui-même et l’aura si particulière dont il continue à bénéficier dans notre pays. Le 3ème examinera les répercussions sur l’image de la médecine en France. Le 4ème se penchera sur le rôle des médias. Et enfin le 5ème épisode étudiera l’impact sur les instances de contrôle de notre pays ou, plus précisément, sur leur absence de contrôle justement.

Polémique entretenue par le Pr Raoult disais-je, car les nuages ont beau s’accumuler sur sa tête, le Pr Raoult ne désarme pas. Jamais. Il s’exprimera demain dans une interview accordée à LCI – la chaine en fait la promotion sous forme d’une bande-annonce qui tourne en boucle – mais je peux d’ores et déjà vous révéler en avant-première ses arguments : la chloroquine est efficace, et seuls des incompétents, des imposteurs ou des chercheurs vendus aux labos (rayer la mention inutile) peuvent en douter. La preuve c’est qu’on meurt moins à Marseille qu’à Paris, la preuve c’est que Donald Trump en prend, la preuve c’est que de nombreux pays la prescrivent. Quant aux études qui disent le contraire, elles sont nulles et non avenues puisqu’elles ne reprennent pas son protocole à lui et qu’elles se permettent, ô sacrilège, d’adapter son fameux protocole (hydroxychloroquine + Azithromycine) en fonction de l’état de santé des patients.

Mais Didier Raoult peut bien proclamer ce qu’il veut, la réalité n’est pas que les autres ont tort et qu’il a raison. La réalité, c’est que les preuves sont désormais établies que la chloroquine n’est pas efficace – et je prends l’engagement, ici, de faire publiquement amende honorable s’il s’avérait que j’ai tort.

Qu’est-ce qui me rend si sûr de moi, moi qui ne suis pas médecin et encore moins « l’un des meilleurs virologues au monde » comme se présente le Pr Raoult ? C’est une évidence : si c’était efficace, ça se saurait. Depuis deux mois, des centaines d’équipes dans le monde font des essais avec la chloroquine. Des milliers de médecins en prescrivent. Des dizaines de milliers de patients en prennent, sous forme simple ou dérivée (HCQ), avec ou sans antibiotiques, avant les symptômes ou pendant, en ville ou à l’hôpital.

Si l’efficacité de ce traitement était spectaculaire, on l’aurait vu très vite, voire tout de suite. Or, aucune étude à ce jour n’en a apporté la preuve formelle. Pour être précis, aucune étude respectant les règles habituelles (mise en place d’un groupe contrôle, tirage au sort des patients, données publiées en intégralité, relecture par les pairs etc.) n’a confirmé les résultats du Pr Raoult. En revanche, les risques, eux, sont démontrés, notamment sur le plan cardiaque.

Disons les choses autrement : au mieux ça fait quelque chose, mais un quelque chose peu visible et sûrement pas chez tous les patients. Au presque mieux ça ne fait rien ; et au pire ça fait du mal. Deux mois de travail, des dizaines de publications, des promesses de guérison, des complications avérées, et tout ça pour ça ?

Oui, décidément, le Pr Raoult a raison : il est temps de « tirer les leçons » de ce désastre. Y compris pour un chercheur mondialement reconnu comme lui, mais incapable d’envisager qu’il puisse se tromper, jusqu’à réduire à néant sa crédibilité auprès de ses pairs. Ce sera l’objet de mon prochain post.