Covid 19 : fallait-il maintenir les élections ?


Je suis comme vous : je m’interroge sur l’opportunité qu’il y avait à maintenir, ou pas, les élections municipales. Dès lors qu’elles ont eu lieu, cela n’a plus aucun sens de le regretter ou de se demander « et si ? … ». En revanche, cela n’interdit pas d’essayer de comprendre comment on en est arrivé là.
Première observation : le gouvernement s’est appuyé sur les conclusions du groupe d’experts qu’il a installé. Et qu’ont dit ces experts ? Que, dès lors que l’on laissait magasins d’alimentation, tabacs et autres ouverts, dès lors que les mesures barrière étaient respectées, il n’y avait pas de risque de transmission supplémentaire du virus, par rapport au risque potentiel pris en allant faire ses courses.
Les experts ont donc dit que c’était possible, et cohérent scientifiquement. Ils n’ont pas dit si c’était souhaitable ou pas – on ne leur a d’ailleurs pas posé cette question. Et, de fait, cette recommandation est rationnellement fondée : si (mais je dis bien si) chacun d’entre nous reste à un mètre les uns des autres, le virus ne se transmet pas « tout seul ». Objectivement, il n’est pas plus dangereux d’aller voter que de faire son marché.
Deuxième observation : à ma connaissance même si, individuellement, des voix se sont exprimées à partir de vendredi (Xavier Bertrand, Valérie Pécresse…), aucun parti politique en tant que tel n’a officiellement exigé l’annulation de ces élections. J’ai même entendu certains responsables se prononcer contre un éventuel report – du chef LR Christian Jacob soupçonnant LREM d’ « utiliser la crise sanitaire pour éviter une débâcle électorale », jusqu’à la députée LFI Danielle Simonnet qui a même parlé d’un « coup de force anticonstitutionnel ». Dans ces conditions, on peut concevoir qu’il était politiquement envisageable de maintenir les élections – au nom par exemple de la continuité de l’État, au nom du respect de la démocratie, de l’union nationale ou que sais-je encore.
On peut certes le concevoir, mais les pouvoirs publics ont négligé une chose : une décision peut être juste scientifiquement, explicable rationnellement, compréhensible politiquement. Et, en même temps, être psychologiquement inaudible. Voire contre-productive, et s’avérer au final sanitairement désastreuse. Et c’est là ma troisième observation : les Français se comportant comme des enfants (cf. mon précédent post), ils n’intègrent qu’un seul message à la fois – et, le plus souvent, dans le sens qui les arrange. On l’a bien vu hier, avec les images hallucinantes de ces parcs bondés, de ces familles ou ces bandes de copains assis les uns contre les autres sur les bords de Seine. Et je ne parle pas de ces jeunes expliquant à des journalistes – qui n’ont même pas eu la présence d’esprit de les contredire en direct – que le Covid 19 « ne leur faisait pas peur puisque ce virus ne les rend pas malades ».
Aujourd’hui, je suis en colère. Contre ces comportements irresponsables. Contre ces politiques qui soufflent sur les braises. Contre ces médecins qui accusent à tout va – et qui, sur les plateaux télé, ne respectent pas leurs propres recommandations, notamment celle de se tenir à plus d’un mètre de toute personne. Et puis, pour être franc, je suis aussi un peu en colère contre moi-même. Il y a encore quelques jours, j’embrassais des amis, je me baladais insouciant dans les rues, je dinais dans des restaurants. Je le regrette aujourd’hui. J’espère ne pas avoir contaminé mes proches, ou qui que ce soit d’autre. De tout mon cœur.