Le blues du policeman

Commençons par un aveu: j’ai cédé non pas à la facilité, mais à l’envie de mettre un joli titre pour une réalité qui l’est infiniment moins. Car la police est sans aucun doute l’un des corps de métiers, avec les professions de santé et les enseignants, les plus touchés par le burn out. Plus de 10% d’entre eux se disent en effet « au bout du rouleau », d’après une étude citée par mon confrère Eric Pelletier dans un papier très complet paru sur lexpress.fr

Cette semaine, c’est une autre enquête révélée par l’AFP qui donne la mesure du problème: 45 000 fonctionnaires (gardiens de la paix, commissaires, CRS…) ont été interrogés. A 94%  (!), ils évoquent « un malaise » dans la police, ainsi qu’un climat social « mauvais » et même « »très mauvais » pour 82% des personnes interrogées. Conséquence: une motivation en baisse pour 62%, et un niveau de stress, de fatigue et d’irritabilité situé entre 6,1 et 7,1 sur une échelle de 10.

Les causes d’un burn out ont été identifiées depuis longtemps. Surcharge de travail, directives inapplicables, horaires décalés, absence de reconnaissance de la hiérarchie, pressions en tous genres… Impossible de les citer tous, d’autant que ces facteurs déclenchants (ou aggravants) ne sont sans doute pas spécifiques à la police. Mais que penser en revanche, du manque de soutien entre collègues? Ou, pour dire les chose autrement, du sentiment de solitude qui semble habiter la plupart de ces fonctionnaires, un sentiment qui, tous les spécialistes en conviennent, constitue un élément important dans la survenue du stress?

Un indice parmi d’autres: le taux de syndicalisation dans la police (70%) est l’un des, voire le plus élevé de toute la France. Or, 78% des policiers font « rarement ou jamais » appel aux syndicats justement. Corporatisme excessif? Dé-coïncidence entre la base et le sommet? Manque de représentativité? Cherchez l’erreur.