Covid 19 : les Français sont de grands enfants


Surréaliste. Je ne trouve pas d’autre mot pour qualifier ce que j’ai vu à la télévision hier soir, après l’annonce par Édouard Philippe de la fermeture des cafés, restaurants magasins et autres depuis samedi minuit.
Reprenons : à 19H45, le Premier ministre prend la parole, le ton grave, pour regretter « le manque de discipline des Français » face au risque de contamination par le Covid 19 et en tirer les conséquences que l’on sait. Quelques minutes plus tard, c’est au tour de Jérôme Salomon, le Directeur général de la Santé, de rappeler cette évidence : « Ce n’est pas le virus qui circule, ce sont les femmes et les hommes qui le font se répandre ».
Autrement dit, nous sommes responsables, individuellement et collectivement, de cette épidémie : le virus se transmet, parce que nous le transmettons.
Face à cette réalité, les pouvoirs publics peuvent agir de deux façons. Avec pédagogie ou avec autorité. Par la facilitation ou par la contrainte. La première c’est la manière douce, positive en quelque sorte – par exemple en encourageant le télétravail. Cela s’avérant insuffisant, reste la manière forte, plus brutale, plus imposée. D’où cette décision prise par les autorités de fermer les lieux de vie et que, passée la stupeur devant cette annonce, les commentateurs… commentent, tantôt pour s’en féliciter, tantôt pour s’en affliger.
Mais le moment surréaliste que j’évoquais plus haut arrive après la conférence de presse. Sur la quasi-totalité des chaines d’infos, les journalistes reprennent en boucle les recommandations officielles et rappellent qu’il faut absolument respecter la distance minimale d’un mètre entre deux personnes. Puis, sans transition, sur la quasi-totalité des chaines d’infos on voit un journaliste entrer dans un bar, interroger les clients en restant à 30 centimètres d’eux ! Et que disent les clients ? Dans leur quasi-totalité, que les mesures de confinement prises sont bonnes et qu’ils vont s’y conformer … dès minuit. D’ici là ils boiront un dernier verre entre copains.
Résumons : côté journalistes, ce qui est expliqué sur le plateau (un mètre de distance) n’est pas appliqué par les reporters sur le terrain. Côté citoyens, ce qui est approuvé à 20H30 n’est pas appliqué avant minuit. Comme si le Covid 19, c’était forcément l’affaire des autres, pas la mienne.
Et c’est en cela que les Français se comportent comme des enfants. Des enfants qui savent, intellectuellement, ce qu’il faut faire. Mais qui, concrètement, ne le font pas. Et qui, donc, ont besoin d’une autorité qui décide, qui impose, qui contraint. De grands enfants à qui le gouvernement dit « puisque tu es irresponsable, je vais décider à ta place et je vais le faire pour ton bien ». Des enfants sages qui, du coup, obéissent et font enfin ce que « on » leur demande.
Ce n’est pas la première fois que je fais sur ce blog le constat que la santé n’est pas un bien rationnel. Que j’évoque le rapport magique des Français au médicament, leur goût pour l’homéopathie, leur appétence pour les thérapies dites alternatives. Mais avec le Covid 19, il s’agit d’autre chose. Il s’agit de notre rapport au monde.
Par sa virulence, par ses modes de contamination, par ses conséquences potentiellement dramatiques y compris pour nos proches, le Covid 19 nous interroge tous. Puisse ce méchant virus nous faire avancer dans la voie de la raison. Et nous aider à devenir plus adultes dans la prise en charge de nous-mêmes, comme dans la protection des autres.
Pascal
Avez-vous pu observer les distances de sécurité sur les plateaux de télévision ? Quel exemple ont donné ces personnes politiques , journalistes, scientifiques !!!??
Vincent Olivier
Je suis en accord total avec votre remarque.